Les peintures de Stephen Gibb sont ludiques, étranges et pleines de sens cachés. En mêlant une imagerie inspirée des dessins animés à des idées surréalistes, son travail invite davantage à la curiosité qu'à la certitude. Dans cette entrevue, il parle du « Bubblegum Surrealism », de l'humour et du plaisir de laisser ses peintures ouvertes à l'interprétation.

Vous parlez du « Bubblegum Surrealism » comme d'une étiquette à la fois appropriée et ironique. Si vous deviez l'expliquer à quelqu'un qui découvre votre travail pour la première fois, comment le décririez-vous ?
La vision classique du surréalisme le considère généralement comme étant solidement enraciné dans les années 1920 et comme un prolongement des études de Freud et de la théorie psychanalytique. Les fondateurs du surréalisme en étaient fortement influencés (du moins, selon ce que j'en comprends), mais aujourd'hui, je pense que nous avons beaucoup progressé grâce à de nouvelles théories et conceptions de l'esprit. Je ne m'appuie pas sur Freud, mais je reconnais son importance. Je ne cherche pas à proposer une approche sérieuse et universitaire des choses. Je me suis plutôt retrouvé à utiliser des personnages cartoonesques et des objets anthropomorphes comme substituts aux êtres humains, afin d'atténuer la portée des thèmes plus existentiels et plus lourds. Tout comme la musique bubblegum de la fin des années 1960 représentait une version plus légère de la musique psychédélique, j'ai l'impression qu'il en va de même pour moi par rapport aux surréalistes contemporains qui (à mes yeux — cela leur convient, mais pas à moi) prennent leur travail trop au sérieux et s'appuient énormément sur des images de référence.
Vous dites que votre travail doit davantage à MAD Magazine qu'à Freud. Qu'est-ce que l'humour vous permet de faire que la psychanalyse ne permet pas ?
Je pense que j'aborde beaucoup de questions sociales, ce que MAD Magazine faisait à la perfection. En revanche, j'essaie d'éviter la politique, car c'est un terrain beaucoup trop vaste et complexe. J'explore plutôt l'angoisse et la félicité existentielles à travers une perspective psychologique plus contemporaine, ou encore à travers le prisme des comptines, des bandes dessinées, des contes de fées et des fables. L'humour propre à cette tradition littéraire est souvent présent, même lorsque le sous-texte est sombre. C'est peut-être un hameçon, un clin d'œil adressé au public qui l'invite à entrer et lui permet d'apercevoir quelque chose d'un peu plus réfléchi ou de plus sombre qu'il n'aurait autrement jamais envisagé.

L'icône commerciale, la mascotte publicitaire souriante, semble occuper une place particulière dans votre imaginaire depuis l'enfance. Que révèle, selon vous, ce sourire figé et artificiel sur la société qui l'a créé ?
Parfois, ce sourire est ironique, parfois sincère. Il joue donc son rôle d'équilibre psychologique ou de contraste avec le reste de la scène. Il peut signifier ce que chaque spectateur décide d'y voir : certains y verront un symbole du faux bonheur, d'autres un phare d'espoir dans un monde complexe. C'est volontairement ouvert, même si, parfois, le sens est plus évident. L'ambiguïté est un élément avec lequel j'adore jouer, car elle renforce le mystère et amplifie le dialogue intérieur du spectateur.

Votre processus commence souvent par une image centrale qui s'impose de manière presque subliminale. Êtes-vous parfois surpris par le sens que prend l'une de vos œuvres une fois terminée ?
Oui, parce que les cousines linguistiques que sont la sémantique et la sémiotique fonctionnent, selon moi, de la même manière que notre lecture des images, et elles peuvent être très idiosyncrasiques. Je prends toujours l'exemple d'une pomme. Vous imaginez une pomme, mais toutes les associations qu'elle évoque peuvent vous entraîner dans une direction qui vous est propre. Il arrive qu'une fois une peinture terminée, des associations apparaissent alors qu'elles ne faisaient absolument pas partie du projet initial.

Vous êtes un puriste lorsqu'il s'agit de peindre à l'huile sur panneau de bois, en utilisant les glacis et le clair-obscur, alors que le pop surréalisme contemporain privilégie largement l'acrylique ou les médias numériques. Pourquoi ce choix du médium ?
C'est simplement ce qui fonctionnait le mieux pour moi… et je suis resté dans cette voie.
Vous mentionnez que les spectateurs projettent leurs propres traumatismes et souvenirs sur vos œuvres. Comment vivez-vous le fait que vos pièces vous échappent complètement une fois exposées ?
C'est mon cadeau au public : une fois que quelqu'un les voit, cela ne m'appartient plus. Lorsque j'ai terminé une œuvre, c'est à chacun d'y démêler ce qu'il souhaite, ou simplement d'en apprécier les couleurs et la composition. Le public a ainsi l'occasion de faire appel à sa propre créativité et de mettre son imagination en mouvement.

Nommez un artiste que vous admirez particulièrement, et pourquoi.
Je reviens toujours vers Man Ray. J'ai l'impression qu'il était heureux d'être simplement lui-même en tant que créateur, qu'il appréciait ses amis artistes et qu'il semblait être un type plutôt sympathique. Il aimait expérimenter, sans avoir un ego démesuré ni se prendre trop au sérieux. Je me trompe peut-être complètement, parce que j'ai lu son autobiographie il y a des années, mais c'est l'impression que j'en ai gardée, qu'elle soit juste ou non.
Avez-vous des projets ou des expositions à venir dont vous aimeriez nous parler ?
Rien de particulier pour le moment, mais je suis toujours à la recherche de nouvelles opportunités.
Pour découvrir davantage le travail de Stephen Gibb : Site web et Instagram.

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