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Patrick Déziel

Patrick Déziel, ex-directeur artistique en agence pendant 25 ans, signe aujourd'hui des œuvres en relief où l'abstraction, le paysage et la géométrie se rencontrent. Entre la rigueur de l'architecture urbaine et la liberté des sommets, il sculpte le bois au laser, puis y ajoute peinture et résine. Rencontre.

Si tu devais te présenter à quelqu'un qui découvre ton travail pour la première fois, que lui dirais-tu?

Mon travail se situe à la rencontre de l’art abstrait, du paysage et du design géométrique. Mon but premier est de transformer la surface d'un tableau en un espace tridimensionnel, où les lignes, les couleurs et la lumière construisent une composition à la fois structurée et vivante. Je travaille principalement sur des panneaux de bois que je «sculpte» grâce à la technologie du découpage au laser. J'enrichis mes œuvres avec de la peinture acrylique, des éléments de bois et de la résine colorée selon les différentes collections. Au début de ma pratique, toute la découpe et le collage des baguettes en bois était fait manuellement ; un travail colossal pour obtenir un résultat en relief et sans faille. Maintenant, j'optimise mon temps avec un assemblage et une réalisation de techniques mixtes, ce qui me permet de pousser encore mes idées plus loin.

Ton parcours en direction artistique en agence influence-t-il encore ta pratique artistique aujourd'hui? De quelle façon?

Je répondrais dans l’affirmative dans le sens que mon travail est très graphique. Je suis toujours à la recherche de la meilleure composition possible, autant dans la structure que dans l'agencement des couleurs. Aussi, je sketche rapidement chaque idée sur papier, puis sur l'ordinateur de façon vectorielle avant d'entamer ma production sur panneau de bois. Ça me permet d'explorer et de modifier plus efficacement différentes avenues. Autrement dit, le processus de création et les différentes techniques de réalisations que j'ai appris durant mes 25 années de direction artistique me servent constamment dans l'exécution de mes œuvres et font également évoluer ma pratique vers de nouveaux horizons. 

Après plus de vingt ans dans le design numérique, qu'est-ce qui t'a poussé à revenir vers des médiums physiques et tangibles?

En agence, on exige beaucoup d’un créatif pour qu’il soit performant au niveau de l’idéation et de la production.  Cependant la créativité souffre souvent de cette exigence de performance.  Je n’ai jamais eu de problème avec les idées, j’en ai des tonnes dans mon tiroir, mais j’avais l’impression de me faire presser le citron pour suivre le rythme des projets et de l’évolution de la technologie. J’avais envie de me reconnecter avec la pratique manuelle, de revenir à la base et de vivre avec moins de pression.  

Tu trouves ton inspiration autant dans l'architecture urbaine que dans la randonnée en montagne. Comment ces deux univers, en apparence opposés, cohabitent-ils dans ton travail?

L’inspiration naît autant des promenades dans les rues de la ville, de l’observation de son architecture et de ses infrastructures que des randonnées en montagne, où la lumière, les couleurs et les grands espaces invitent à la contemplation. La ville stimule l’esprit par sa structure, sa précision et ses lignes épurées. Les randonnées en montagne, quant à elles, ouvrent sur l’espace, apaisent le regard et évoquent une liberté qui échappe aux contraintes de la géométrie. Plutôt que de choisir entre les deux, je cherche à équilibrer mon travail à travers différentes collections. Dans mes œuvres, les lignes en relief, les divisions du tableau, les couleurs et les jeux de perspective deviennent des éléments de liaison entre les deux univers. La géométrie apporte une structure au paysage, tandis que la nature apporte à cette structure, une profondeur et une dimension émotionnelle. Au fond, cette cohabitation évoque aussi notre propre condition humaine. Nous construisons, organisons et transformons notre environnement, mais nous demeurons profondément liés à la nature. Nous avons besoin de la ville pour nous rassembler, créer et avancer, tout comme nous avons besoin de grands espaces pour nous ressourcer, prendre du recul et retrouver un certain équilibre. C’est dans cet espace entre le construit et le naturel, entre la précision et la liberté, que mon travail prend forme. 

Peux-tu nous décrire ton processus artistique, de l'idée initiale jusqu'à l'achèvement d'une œuvre?

Le point de départ vient d'abord d'une idée, d'un flash ou d'un élément déclencheur qui peut survenir n'importe quand, n'importe où. Je vous donne un exemple ; lors d'un récent voyage en Sicile, nous avons fait une randonnée sur l'Etna, et au sommet, la texture des roches volcaniques jumelée au soufre des gaz, ressemblait à de la mousse de lichen vert et jaune fluorescent. Toute la surface rocheuse du volcan était surréelle. Comme si nous étions sur une autre planète. Bref, l'atmosphère, les textures, les couleurs et le relief du volcan m'ont beaucoup inspiré. J'ai pris énormément de photos. Je prends en note certaines idées sur mon cellulaire ou dans un sketchbook selon le cas.  Je fais parfois mûrir l'idée quelque temps et par la suite, je dessine différentes compositions sur papier avant de les transposer sur l'ordinateur avec des options de couleurs. Ce sketch à l’ordinateur me permet de gagner du temps surtout pour l’application des couleurs.  La composition finale est toujours unique ; je l'appelle «le squelette». Elle doit être parfaite car elle sera gravée sur un panneau de bois ou sur un contreplaqué de merisier russe pour le découpage laser. J’intègre ensuite selon l’œuvre les autres médiums (que ce soient les morceaux de bois ou la résine).  Il y a toujours un peu d'improvisation en cours de route mais le processus reste structuré et bien déterminé avant de peindre ou de remplir toutes les surfaces. L'achèvement d'une œuvre prend forme lorsque je recherche un titre pour celle-ci. Parfois c’est rapide, mais parfois ça demande une recherche un peu plus approfondie pour bien communiquer ce que l’œuvre m’inspire.

Comment Montréal nourrit-elle ton imaginaire artistique?

Je me considère chanceux d’habiter Montréal, ma ville natale, une ville qui nourrit mon imaginaire de mille façons. J’habite pratiquement au pied du Mont-Royal, tout en étant à proximité du centre-ville et de son effervescence. Entre la nature et l’architecture urbaine, les festivals, les musées, les restaurants, les expositions et les galeries d’art, les sources d’inspiration sont partout. Mais la plus grande richesse de Montréal réside peut-être dans sa diversité humaine et culturelle. C’est une ville vivante, ouverte sur le monde, où se côtoient des gens d’ici et d’ailleurs, des artistes aux univers singuliers, des créateurs audacieux et des esprits curieux. Cette proximité d'une collectivité aussi créative m’offre constamment de nouvelles perspectives, nourrit ma curiosité et stimule mon envie d’explorer. Montréal est pour moi bien plus qu’un lieu de vie : c’est un terrain de recherche, de rencontres et de découvertes, un environnement qui alimente mon imagination et me pousse à voir les choses autrement.

Quel artiste, architecte ou designer t'inspire le plus, et pourquoi?

Il y en a plusieurs mais parce que j'ai visité le Danemark cet été, je vais parler de l'architecte Bjarke Ingels (BIG). Ce qui m’inspire chez Bjarke Ingels, c’est sa capacité à réunir des univers opposés et à les transformer en un tout harmonieux. Il ne voit pas l’architecture uniquement comme une construction, mais comme une façon de créer des liens entre l’humain, son environnement et la nature. Cette vision rejoint ma démarche artistique. Dans mes œuvres, je cherche à faire cohabiter la géométrie de l’architecture et la richesse de la nature environnante. Les lignes, les formes, les couleurs et les reliefs deviennent un langage qui unit ces deux mondes. Comme Bjarke Ingels, je m’intéresse à ce qui se produit lorsque des éléments différents se rencontrent. Je cherche à créer un équilibre entre la structure et le mouvement, entre la rigueur et la spontanéité, entre le construit et le naturel. Son travail m’inspire à voir au-delà des oppositions et à explorer les possibilités qui naissent de l'union des différentes approches artistiques. En architecture comme en art, je crois que les idées les plus intéressantes émergent souvent de cette frontière entre deux ou plusieurs univers. Pendant mon voyage, j'ai visité le projet CopenHill de BIG pour bien saisir l'ampleur de sa vision et l'impact sur son environnement. En résumé, CopenHill est une installation multifonctionnelle, sociale et culturelle de valorisation énergétique des déchets, où ces derniers sont transformés en chaleur et en électricité pour tous les habitants de Copenhague. Son toit, haut et en pente, fait également office de piste de ski artificielle accessible toute l’année, de sentiers de randonnée et de mur d’escalade ouverts au public. Il y a aussi une superbe vue de la ville, une terrasse et un café pour l'après-ski, et le tout, sans le froid et la neige! 

As-tu des projets ou une exposition à venir dont tu aimerais nous parler?

Nous sommes en train de nous faire construire une maison à Sutton dans un environnement très inspirant où je vais avoir un atelier.  Je prévois être très investi dans la conception des plans et la construction de la maison.  J’ai hâte d’apprendre à connaître l’univers artistique de la région de l’Estrie que je sais riche et varié.  Je veux continuer à explorer différents médiums et peut-être même essayer différents styles.  Je dois au même moment continuer à répondre aux attentes de mes galeristes qui me demandent une production d’œuvres soutenue.  L’art demande du temps et je reste un seul artiste, avec mes limites et mon rythme de création.  Je crois donc que la prochaine étape sera d’aller chercher de l’aide d’assistants  pour me donner plus de liberté et ouvrir de nouvelles possibilités. Par la suite, je laisse les choses évoluer naturellement, au bon moment et au bon endroit.


Pour découvrir davantage le travail de Patrick Déziel : Site Web & Instagram.

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